Rougeole à Vancouver : vigilance maximale avant la Coupe

À l’approche de la Coupe du monde de la FIFA à Vancouver, des spécialistes de la santé publique tirent la sonnette d’alarme : la rougeole pourrait profiter de l’afflux de visiteurs pour circuler davantage au Canada. Dans un contexte où des partisans, des athlètes et des membres des équipes de partout dans le monde convergeront vers la ville, les autorités et les médecins insistent sur un point simple : il faut se préparer avant que le premier cas n’apparaisse.

La rougeole demeure active dans plusieurs régions du monde, et sa capacité de transmission en fait une menace particulièrement redoutée lors des grands rassemblements. Une personne infectée peut contaminer rapidement d’autres personnes dans des espaces fermés ou bondés, surtout si certaines n’ont pas une protection vaccinale complète. Pour cette raison, l’Agence de la santé publique du Canada considère cette maladie comme une candidate probable à une introduction pendant le tournoi.

Le débat n’est pas seulement théorique. En Ontario, une évaluation des risques liés aux maladies infectieuses a déjà mis en lumière plusieurs facteurs préoccupants : les déplacements internationaux, les foules compactes et la baisse de la couverture vaccinale dans certains milieux. En Colombie-Britannique, toutefois, une évaluation équivalente n’a pas encore été rendue publique.

Ce qui inquiète les médecins

Le Dr Brian Conway, qui dirige le Vancouver Infectious Diseases Centre, estime que l’absence d’un message public clair en Colombie-Britannique laisse un vide qu’il faudrait combler rapidement. Selon lui, les autorités devraient parler franchement aux résidents comme aux visiteurs afin de rappeler que la prévention doit commencer avant le début de l’événement.

Son message se résume à quelques gestes prioritaires :

  • vérifier son statut vaccinal contre la rougeole;
  • mettre à jour ses vaccins si nécessaire;
  • rappeler aux visiteurs que la rougeole circule encore au Canada;
  • réduire les occasions d’exposition dans les lieux très fréquentés.

Pour le Dr Conway, la préparation est essentielle parce qu’un grand tournoi attire inévitablement une circulation humaine intense. Plus le bassin de visiteurs est diversifié, plus le risque qu’un cas importé se retrouve dans la foule augmente.

Une maladie qui continue de circuler

Les chiffres nationaux montrent que le problème est bien réel. Cette année, le Canada a déjà déclaré plus de 900 cas de rougeole dans sept provinces et territoires. L’Alberta et le Manitoba comptent une part importante de ces infections, ce qui rappelle que la maladie ne se limite pas à une seule région.

Cette hausse s’inscrit dans la continuité d’une éclosion beaucoup plus importante survenue l’an dernier, lorsque plus de 5 000 personnes ont été infectées. Selon les renseignements disponibles, cette vague aurait commencé après qu’un cas au Nouveau-Brunswick, à l’automne 2024, a été exposé à l’extérieur du pays.

En Colombie-Britannique, les données provinciales font état de 470 cas en 2025 et 2026. Près de 80 % de ces cas se trouvent dans le nord-est de la province, où la couverture vaccinale est plus faible que dans plusieurs autres régions.

Vancouver se prépare, mais sans tout dévoiler

Vancouver Coastal Health assure que la planification autour de la Coupe du monde est en cours depuis plusieurs années. L’organisme indique avoir mené une évaluation des risques avec le B.C. Centre for Disease Control, même si les résultats n’ont pas été publiés au complet.

Le Dr Mark Lysyshyn, médecin hygiéniste en chef adjoint, a qualifié le risque de rougeole pendant le tournoi de moyen ou modéré. Il rappelle que l’autorité sanitaire a déjà géré de nombreux cas importés d’autres pays au cours de l’éclosion actuelle, sans voir naître de transmission soutenue dans la région.

Selon lui, les taux d’immunisation relativement élevés dans la région de Vancouver Coastal Health ont jusque-là servi de barrière efficace. Cela ne veut pas dire qu’un cas importé serait anodin, mais plutôt qu’il serait plus facile de le contenir si le suivi est rapide et si la population est protégée.

Du côté de la Ville de Vancouver, les responsables disent disposer de plans opérationnels et de mécanismes de gestion des urgences. Ils affirment être prêts à intervenir si un enjeu de santé publique ou de sécurité se présente pendant la compétition.

Les zones où le risque serait le plus élevé

La Dre Monika Naus, professeure à l’École de santé publique et de santé des populations de l’Université de la Colombie-Britannique, rappelle que tout grand événement international comporte une possibilité de propagation de maladies infectieuses. Cela dit, elle nuance l’ampleur du danger pour l’ensemble de la population.

Selon elle, la plupart des adultes sont déjà protégés contre la rougeole, soit parce qu’ils ont reçu le vaccin, soit parce qu’ils ont déjà été infectés par le passé. Le véritable enjeu concerne surtout les milieux où les taux d’immunisation sont faibles et où les gens vivent ou se déplacent en groupes relativement fermés.

Dans ce contexte, certaines communautés regroupées géographiquement en Colombie-Britannique demeurent plus vulnérables. Si un cas importé atteint un milieu où peu de personnes sont immunisées, la maladie peut trouver un terrain favorable pour se propager davantage.

Pourquoi le carnet de vaccination compte autant

Les experts répètent qu’avant un rassemblement d’envergure mondiale, le réflexe le plus utile est souvent le plus simple : vérifier son dossier vaccinal. Pour les résidents comme pour les visiteurs, cette vérification peut faire la différence entre une exposition sans conséquence et une chaîne de transmission évitable.

Voici les raisons principales pour lesquelles la mise à jour du statut vaccinal est jugée prioritaire :

  • la rougeole est extrêmement contagieuse;
  • la vaccination demeure la meilleure protection;
  • un cas importé peut rapidement toucher des personnes vulnérables;
  • plus la couverture vaccinale est élevée, plus le risque d’éclosion diminue.

Le Canada a par ailleurs perdu son statut d’élimination de la rougeole, après qu’Organisation panaméricaine de la santé a informé le pays que la transmission soutenue observée au cours de la dernière année empêchait le maintien de cette reconnaissance. Le pays pourrait le retrouver si la chaîne de transmission était interrompue pendant une année complète.

Pour Vancouver, l’enjeu est donc double : accueillir une foule mondiale sans heurt et éviter qu’une maladie pourtant évitable ne trouve une nouvelle occasion de se répandre. Dans cette équation, la vigilance du public sera aussi importante que la coordination des autorités.